Print this page

FRE 1202H-F
Séminaire de littérature I : Théories : Théories et formes de l'allégorie - jeudi 11-13h

Instructor:

Sébastien Drouin

Location:

Odette Hall

Room:

Room 201

Description:

L’allégorie, lit-on dans les traités d’art oratoire de l’Antiquité, est une « métaphore prolongée ». Pourtant, l’allégorie ne consiste pas uniquement en une « figure de mots » ainsi que l’appellent les rhéteurs : sous cette même expression se cache un procédé interprétatif que la critique universitaire appellera « allégorisme » (Fontanier : 1821-1830) ou « allégorèse » (Pépin : 1958). Les théories qui structurent tant la rhétorique que l’herméneutique depuis l’Antiquité accordent une place importante à l’allégorie en ce qu’elle se situe à la jonction de la figuration et de l’interprétation, comme le rappellent grammairiens et logiciens de l’Âge classique (Le Brun : 2004). Ce statut problématique fait de l’allégorie une figure centrale tant en herméneutique qu’en rhétorique (Eco : 1996). L’allégorie est le trope par excellence permettant d’analyser les registres littéral et figuré tout comme la production du sens lors de l’interprétation des textes profanes et sacrés. Notre approche de l’interprétation allégorique propose une introduction à quelques grands textes de théories interprétatives (Platon, Augustin, Locke, Du Marsais, Eco). Ces textes sont au cœur de la réflexion théorique sur l’interprétation allégorique et le statut  des figures qui, du Moyen Âge au XIXe siècle, se trouvent dans des corpus souvent délaissés par la critique littéraire : manuels de logique, de rhétorique, d’exégèse, traités de peinture, etc. C’est bien ce type d’allégorie qui intéresse Walter Benjamin dans son grand’œuvre L’origine du drame baroque allemand et c’est sans aucun doute grâce à sa lecture de l’allégorisme baroque que des théoriciens du XXe siècle comme Paul de Man et Tzvetan Todorov, sans parler de Northrop Frie, ont tant écrit sur l’allégorie et sur le symbole.

 

Figure sans cesse critiquée en raison de sa froideur, et procédé interprétatif millénaire dont ses détracteurs raillent souvent le caractère arbitraire, l’allégorie permet d’examiner les diverses exigences de l’herméneutique à l’égard des notions de sens littéral et de sens figuré et, parfois, de reconsidérer les « belles lettres » à la lumière de savoirs à première vue fort éloignés de la littérature. C’est à ce titre que notre appréhension théorique de l’allégorie nous permettra d’étudier certaines de ses manifestations tant dans la littérature que dans les arts plastiques.

Lectures au programme

AUGUSTIN, La doctrine chrétienne, Paris, Institut d’études augustinienne, traduction par Isabelle Bochet et alii, 1997 (extraits du livre 3), p. 246-255, p. 288-293.

AUERBACH, Erich, Figura, Paris, Belin, traduction de Marc André Bernier, Belin, 1993, p. 9-69.

BENJAMIN, Walter, « Allégorie et Trauerspiel », Les origines du drame baroque allemand, Paris, Champs, coll. « Essais », traduction par Sybille Muller, 2009, p. 217-306.

COMPAGNON, Antoine, Le démon de la théorie. Littérature et sens commun, Paris,  Seuil, 1998, p. 9-99.

DE MAN, Paul, « The Rhetoric of Temporality », Blindness and Insight. Essays in the Rhetoric of Contemporary Criticism, London, Routledge, (1983), 1996, p.187-228.

ECO, Umberto, « De la surinterprétation des textes », Interprétation et surinterprétation, Paris, Presses universitaires de France, 1996, p. 41-60.

LABARTHE, Patrick, « Introduction », Baudelaire et la tradition de l’allégorie, Genève, Droz, (1999), 2015, p. 51-119.

-PLATON, Ion, Paris, Garnier Flammarion, traduction et notes par Emile Chambry, 1967, p. 409-442.

-Quintilien, Institution oratoire, livres VIII-IX, Paris, Panckoucke, traduction  de C. V. Ouizille, 1829, t. VI, p. 124-167 ; p. 168-195.

PÉPIN, Jean, Mythe et allégorie. Les origines grecques et les contestations judéo-chrétiennes, Paris, Aubier-Montaigne, [1958] 1976, p. 32-91.

TODOROV, Tzvetan, « Fin de la rhétorique », Théories du symbole, Paris, Éditions du Seuil, 1977, p. 85-139.

 

Bibliographie partielle

 

-Revue d’histoire littéraire de France. L’allégorie de la Renaissance au Symbolisme, vol. 112, 2012/2.

BÜTTGEN, Philippe, « Doctrine et allégorie au début de la Réforme. Melanchton », Allégorie des poètes, allégorie des philosophes. Études sur la poétique et l’herméneutique de l’allégorie de l’Antiquité à la Réforme, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, sous la dir. de Gilbert Dahan et Richard Goulet, 2005, p. 289-322.

CHIRON, Pierre, « Allégorie et langue, allégorie et style, allégorie et persuasion: le témoignage des traités de rhétorique », L’allégorie de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Honoré Champion, sous la dir. de Brigitte Pérez-Jean et Patricia Eichel-Lojkine, 2004, p. 41-73.

DEMATS, Paule, Fabula. Trois études de mythographie antique et médiévale, Genève, Droz, 1973.

DROUIN, Sébastien, Théologie ou libertinage ? L’exégèse allégorique à l’âge des Lumières, Paris, Honoré Champion, 2010.

ECO, Umberto, Interprétation et surinterprétation, Paris, PUF, coll. « Formes sémiotiques », 1996.

FLETCHER Angus, Allegory. The theory of a symbolic mode, Cornell University Press, 1964.

FUMAROLI, Marc, L’âge de l’éloquence. Rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Genève, Droz, [1980] 2002.

LABARTHE, Patrick, Baudelaire et la tradition de l’allégorie, Genève, Droz, 1999.

LE BRUN, Jacques,  « Exégèse, herméneutique et logique au XVIIe siècle », La jouissance et le trouble, Genève, Droz, 2004, p. 175-194.

LUBAC, Henri de, Exégèse médiévale. Les quatre sens de l’Écriture, Paris, Cerf, Desclée de Brouwer, [1959] 1993, 4 vol.

RICOEUR, Paul, La métaphore vive, Paris, Le Seuil, coll. « Points », [1975], 1997.

STRUBEL, Armand, « Grant senefiance a » : Allégorie et littérature au Moyen Âge, Paris, Honoré Champion, coll. « Moyen Âge-Outils de synthèse », 2002.

TODOROV, Tzvetan, « On linguistic symbolism », New literary history, 1974, vol. VI, p. 111-134.

 

Évaluation : Présentation orale, 30% ; Dissertation (15 pages), 50% ; Recherches bibliographiques, 10% ; Participation, 10%.

This course is found in the following categories:

 

December
Décembre
2017

< Prev Next >
SMTWTFS
DLMMJVS
     12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31      

Revue Arborescences

Considérant que rien de ce qui touche la langue française ne lui est étranger, la revue Arborescences se veut un espace de réflexion sur les enjeux actuels des études françaises aussi bien en littérature, en linguistique qu’en didactique.

History of the Department

French Studies at the University of Toronto 1853-1993